les premières minutes sont toujours un peu … étranges, gauches, maladroites de part et d’autre; on se jauge…

Nouvel accueil de deux jeunes « invités ». Ils sont jeunes, très jeunes, intimidés, les premières minutes sont toujours un peu … étranges, gauches, maladroites de part et d’autre; on se jauge, s’évaluent, peut-on et va-t-on se faire confiance? Il s’assoient timidement, mais gardent toujours leur veste, boutonnée, comme s’ils se tenaient prêts à décamper. Le thé fume, le sucre – pardon, LES sucres- plongent dans le fond des tasses et l’atmosphère se détend… un peu. Puis chacun boit, du bout des lèvres, comme s’ils tenaient à disparaître en même temps que le liquide. On se regarde encore sans trop rien dire. (Je ne leur demande pas de me raconter pour la énième fois leur histoire, et ils ne sont pas en état de s’intéresser à la mienne). Quelques questions pratiques se concluent pas de maigres yes, thank you, no, yes, oui, tiens tu parles un peu français? oui oum po!
Vient le temps du WIFI, qui déjà voit leurs yeux s’ouvrir, s’animer, et comme il n’est pas encore minuit (mes pauvres voisins), celui de la machine à laver dans laquelle ils fourguent à peu près tout, vestes et bonnets compris!
On installe la « chambre », les matelas de fortune qui semblent les séduire comme si je leur ouvrais le Plazza Athénée. A ma demande, ils écrivent tant bien que mal leurs noms sur un papier, car depuis le début, impossible de m’en souvenir! Je prononce comme je peux et les fais rire (je le fais exprès, hein, vous l’aurez compris). Soudain, quelque chose dans l’atmosphère a changé, l’air paraît plus léger, les résistances et peurs tombent et les voilà qui se baladent en caleçon thermique et sourient jusqu’aux oreilles en découvrant leur nouvelle brosse à dent.
Il ne nous en faudra pas plus ce soir. Ils sont épuisés, visiblement, plus sans doute qu’ils ne tiennent à le montrer.
Je gagne ma chambre, ravi de les savoir au chaud, en sécurité… du moins pour cette nuit.
Car je sais bien que Théo et ses sbires veillent dehors et qu’ils seront là demain, et après-demain pour les attendre.
Mais nous aussi nous sommes là, nous continuerons de les accueillir, sans relâche, pour défendre la liberté de circuler des personnes (car celle des marchandises, le MR s’en occupe).
On s’en fait tout un monde de cet accueil et pourtant il est simple, déroutant de simplicité, même.

Allez, faites le pas, le tout petit pas, ils feront le reste, et vous ne le regretterez pas.